«Le monde entier repose sur nous. Il dépend de
nous qu’il s’éteigne, qu’il s’enflamme. Il dépend
d’un grain de silence, d’une poussière d’or - de
la ferveur de notre attente. Un arbre éblouissant
de vert. Un visage inondé de lumière. Cela suffit
bien pour chaque jour. C’est même beaucoup.
Voir ce qui est. Etre ce qu’on voit. S’égarer dans
les livres ou les bois. La nature éteint les livres.
L’herbe recouvre la pensée. Le vert absorbe l’encre.
On traverse une terre comme on épuise un amour.
On est changé par ce qu’on traverse. Le paysage
afflue dans le corps. Le vent s’engouffre dans le sang.
Le ciel remonte au coeur.»

                         

Christian Bobin

Eloge du rien